La chronique de « Comme des fantômes » de Fabrice Colin


 

Que se passe-t-il quand un auteur abandonne ses personnages ? Quand l’Alice de Lewis Carroll oublie de fêter ses cent trente ans ? Quand Peter Pan entend vous faire payer ses orientations sexuelles ? Que se passe-t-il lorsqu’un lecteur est pris au piège d’un cadavre d’histoire, qu’un détective devient fabricant de spectres ou que la mort d’un poète fait surgir une forêt ? Expert en fantômes et en fées, docteur ès faux-semblants et machinations troubles, Fabrice Colin possédait sur ces questions – et sur d’autres – des avis très personnels. C’était avant 2005 : avant qu’un incendie accidentel ne mette un terme brutal à ce qu’il appelait lui-même  » ma petite carrière d’ombres « . Ce recueil de nouvelles se veut hommage autant qu’étude; s’y dévoile une personnalité tourmentée et complexe dont les textes ici présentés ne sauraient suffire à épuiser pleinement le mystère. Suicide ou disparition ? Mythomanie chronique ou soif d’histoires compulsive ? La réponse, si elle existe, se trouve à l’intérieur.

Il est sorti le 27 mai 2011 aux Editions Folio SF, 475 pages, 8,40 €

Mon avis:

J’ai été au départ très déstabilisée par ce recueil. Premier livre que je lisais de l’auteur, j’avais entamé ma lecture avec certains a priori, comme le fait qu’il soit vivant, quand dans une préface très touchante mes certitudes sont remises en question : Fabrice Colin est mort dans un incendie accidentel. Et la suite le confirme. Comme des fantômes n’est pas seulement un recueil de nouvelles mais une biographie de l’auteur émaillée de nombreux témoignages de ses proches. Pourtant au fil de ma lecture, cette idée me turlupinait. J’étais si sûre de moi… Après vérification, il s’avère que Fabrice Colin va effectivement très bien et prouve par là son sens de l’humour pour le moins décalé. Cette « supercherie » m’a vraiment troublée dans un premier temps, cela m’a laissé une impression de malaise. Néanmoins une fois que l’on accepte de jouer le jeu, c’est une lecture très agréable.

Les introductions précédant chaque nouvelles sont vraiment intéressantes. Particulièrement lorsque l’on sait que le livre n’est qu’une mise en scène. Quelle est la part de vérité et de mensonge ? Elles sont très détaillées et procurent une impression d’intimité. Cependant n’allez pas croire que l’auteur en profite pour chanter ses propres louanges. Au contraire, il fait preuve d’une grande autodérision et se décrit comme génial certes, mais tourmenté. Alcoolique, qui n’a jamais réussi à aller au bout de l’écriture d’un roman.

Quant aux nouvelles, elles sont vraiment originales, souvent surréalistes, elles ne laissent pas indifférents et garantissent un dépaysement total. Certains textes sont assez sombres, voire glauque et la mort semble omniprésente même quand elle est traitée avec légèreté ou humour. Fabrice Colin crée des mondes où la féerie côtoie l’absurde aussi bien que la tragédie. De plus, elles sont parsemées de références à d’autres auteurs tels que Lewis Carroll ou Jules Verne, et cela donne vraiment envie de les redécouvrir. Tout cela servi par une écriture fluide et facile d’accès, parfois chantante. J’ai souvent eu le sourire aux lèvres en les lisant.

On sort de cette lecture également plus cultivé car nous sont présentées les biographies de Kenneth Grahame et d’Arthur Rackham, respectivement romancier et illustrateur britanniques du début du 20è siècle.

J’ai beaucoup apprécié cette première rencontre avec cet auteur atypique et je renouvellerai avec plaisir l’expérience. 

écrit par Zina