La chronique du roman « Les dames blanches » de Pierre Bordage

bordage_dames-blanches.inddUne étrange bulle blanche d’une cinquantaine de mètres de diamètre est découverte un jour dans une bourgade de l’ouest de la France. Elle attire et capture Léo, trois ans, le fils d’Elodie. D’autres bulles apparaissent, grossissent, et l’humanité échoue à les détruire. Leur activité magnétique de plus en plus importante perturbe les réseaux électriques et numériques, entraînant une régression technologique sans précédent. Seule l’«absorption» de tout jeunes enfants semble ralentir leur expansion… La peur de disparaître poussera-t-elle l’humanité à promulguer la loi d’Isaac ? Mais peut-on élever un enfant en sachant qu’il vous sera arraché à ses trois ans ? Camille, qui a elle-même perdu un fils, et son ami Basile, d’origine malienne – ufologue de son état – vont essayer de percer le mystère des dames blanches afin d’éviter le retour à la barbarie. Un livre poignant, dans lequel Pierre Bordage donne toute la mesure de sa passion pour les grands mythes fondateurs de l’humanité et sa haine des fanatismes.


Ce roman est sorti aux éditions L’Atalante le 21 mai 2015, 384 pages, 21 euros.

MON AVIS :

S’il est un auteur que j’apprécie de retrouver pour sa plume, c’est bien Pierre Bordage. Humaine et évocatrice dans les descriptions, elle contribue à rendre les romans de l’auteur prenants. Ça n’a pas manqué avec Les dames blanches qui réunit bien d’autres éléments pour achever de capter l’intérêt jusqu’au bout malgré des personnages peu mémorables instrumentalisés pour servir l’intrigue.

Dystopie mettant en avant les thèmes chers à l’auteur, agrémenté de références à la mythologie grecque qu’il adore, ce livre maintient le mystère du début à la fin ; il est d’ailleurs entretenu et intensifié par une construction narrative finement pensée. Les nombreuses alternances de points de vue et l’étalement temporel de l’intrigue sont des atouts majeurs qui permettent de compenser des faiblesses concernant les personnages.

Ils sont assez lisses, ils sont de ceux au service de l’histoire ou du cadre. Et c’est là que le bât blesse pour moi. Autant j’ai été soufflée par la puissance du cadre légal, par les évolutions sociales, par la cruauté des humains, autant j’ai eu plein de choses à redire sur le caractère, les décisions, voire les discours des voix du roman. Encore que l’auteur s’en sort bien en décrivant avec justesse leur ressenti.

Vu le thème des bulles qui « avalent » les enfants de moins de quatre ans, l’abandon et le deuil imprègnent les pages du roman. Le choix des familles victimes sur lesquelles on se focalise présentent toutes le même schéma : c’est la mère qui subit la perte, le père est quasi absent. Outre cela, si l’auteur évoque souvent le désir comme évident (en même pas dix minutes de conversation sobre parfois), j’ai chaque fois eu l’impression d’être passée à côté et qu’il voulait me l’imposer pour justifier la relation qui allait se nouer ensuite entre les deux protagonistes. Les femmes qu’il a choisies m’ont paru bien égoïstes et promptes à diaboliser leurs premiers maris qui se voient tous attribuer un sévère penchant pour l’alcool.

Concernant les dialogues, Basile se veut la voix de la sagesse, et c’est un peu trop flagrant à mon goût dans certaines répliques. Paradoxalement, c’est un personnage que j’ai apprécié pour sa simplicité, sa générosité et sa présence continue dans cette affaire de dames blanches.

J’ai l’impression d’avoir donné beaucoup de négatif dans ma critique, alors que j’ai été prise par la lecture et que j’ai été plusieurs fois tentée de sauter jusqu’à la fin du livre pour percer enfin le mystère de ces dames blanches qu’on observe nous aussi, lecteurs, avec suspicion et angoisse. La haine de l’humanité se déporte sur elles en début, puis, progressivement, comme elles sont des ennemis quasi impassibles et invincibles, la haine se déporte de nouveau sur les hommes. Très intéressant d’un point de vue philosophique.

Malgré les défauts évoqués concernant les personnages, Les dames blanches est un roman d’anticipation intelligent qui aura su m’intriguer et m’angoisser. L’auteur a accompli un coup de maître dans la construction temporelle de son récit et la crédibilité de cette terre qui évolue, et qui pourrait incarner notre futur, a su me faire frissonner d’appréhension. On y croit, la fiction devenant réalité probable, et on obtient des réponses surnaturelles qui nous satisfont.

Ecrit par Julie

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