La chronique du roman « La fille-sortilège » de Marie Pavlenko

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Six clans dirigent la Cité. Chacun possède une magie qui permet de commander aux éléments et aux êtres vivants. De leur union dépend l’équilibre. Mais depuis quelque temps leurs pouvoirs s’affaiblissent. C’est pourquoi durant la Fête des Echanges tous les adolescents sont soumis à des épreuves afin que l’on détecte leurs pouvoirs. Pour avoir refusé l’initiation, la jeune Erine est aussitôt bannie de sa famille et de son clan. Emprisonnée dans la zone d’exil, sa vie bascule. Erine observe, écoute, et va bientôt découvrir qu’un terrible complot menace la Cité.

Il est sorti le 14 mars aux éditions Le Pré aux Clercs, dans la collection Pandore, 16€, 431 pages.

MON AVIS :

La Fille-Sortilège est un livre fantasy très prenant, car plein de rebondissements, qui nous dépeint avec justesse les conditions de vie dans la Cité magique où habite Erine, une jeune femme forte qu’on admire d’un bout à l’autre du roman. On découvre un univers visuellement éblouissant, quand il n’est pas crasseux et oppressant, très bien pensé dont l’organisation évoquée en début est révélée au compte-gouttes pour nous permettre de pleinement l’appréhender. Côté personnages, l’auteure sait nous les rendre attachants qu’ils soient vivants, comme Arkadi cet adolescent au bras infirme et au franc-parler appréciable, ou morts comme Malcor, l’ex amant d’Erine qu’on apprend à aimer pour le salut qu’il a représenté. En dehors de tous ces éléments positifs, il y en a un que je tiens particulièrement à souligner, c’est la plume rythmée, riche et émotionnelle de Marie Pavlenko qui m’a complètement ensorcelée.

Erine, 21 ans, vit parmi les orklas (hors clan) dans une cité où la débrouillardise permet de survivre. Comme on l’apprend en tout début, un homme devenu son amant, Malcor, l’a prise sous son aile et l’a endurcie, et après sa mort, la jeune femme a fait de même avec un adolescent adorable nommé Arkadi. Pour survivre, ils se serrent les coudes, la première jouant les déterreuses de cadavres pour un mystérieux individu, le second utilisant son habileté de détrousseur contre les marchands ambulants. Tout va bien pour eux, en dépit de passés douloureux qu’ils évoquent avec pudeur même entre eux, jusqu’au jour où l’employeur d’Erine est enlevé peu avant elle. Commence alors une descente aux enfers pour survivre, qui obligera notre héroïne à retourner dans son clan. À côté de cela, la sérénité de la Cité est mise à mal, son avenir devenant des plus incertains.

Après un début difficile du fait d’un prologue écrit dans un présent saccadé pour exprimer l’urgence de la situation, je suis entrée dans le récit dès le chapitre suivant qui s’axe sur la fameuse Fête des Échanges. J’ai grandement apprécié le soin apporté aux descriptions magiques ou de décors grâce auquel on perçoit les saveurs et sensations avec acuité. Il y a un excellent dosage entre descriptif et action, ce qui donne une cadence agréable à l’ensemble. Concernant la Cité en elle-même, on a affaire à une ville à plusieurs niveaux avec ces clans privilégiés et ces orklas mis au ban de la société qui acquièrent une vraie profondeur notamment grâce à la solidarité dont ils font preuve les uns envers les autres.

Si je n’ai pas grand-chose à redire concernant ce roman, je dois avouer avoir été un peu gênée par certains événements/révélations qu’on prédit aisément car pour les crédibiliser, l’auteure s’est montrée très pédagogue en distillant des informations qu’on emboîte malheureusement avec un temps d’avance, ce qui m’a un peu gâché l’effet de surprise. Outre cela, je n’ai pas été très convaincue par la facilité soudaine avec laquelle Erine apprivoise ses dons alors que jusque-là, malgré le fait qu’elle ait affronté des dangers qui auraient pu/dû les réveiller, ils étaient restés en sommeil. Le timing est peut-être trop parfait, quelques balbutiements magiques auraient été les bienvenus.

Ecrit par Julie