La chronique du roman « Là où naissent les ombres » de Colin Winnette

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Brooke et Sugar sont frères, et chasseurs de prime. Contraints de quitter la ville après une tuerie particulièrement violente, ils se réfugient dans les bois. Un matin, à leur réveil, ils trouvent à leurs côtés un mystérieux garçon amnésique, Bird. Autour d’eux et sur des kilomètres, rien d’autre que du désert, une nature hostile, et parfois des hommes. Lors d’une expédition punitive dans un village, Brooke et Sugar sont capturés par la police locale et mis en prison. Brooke parvient à s’enfuir, Sugar, sorte de bête humaine, sale et hostile, reste derrière les barreaux.

Il est sorti le 22 avril 2016 aux Editions Denöel. Traduit par  Sarah Gurcel.

Mon avis:

« Là où naissent les ombres » était un roman qui me faisait envie tant par son résumé, que part sa couverture. Cependant, à la fin de ma lecture, j’en ressors déçue.

Le début était pourtant prometteur. Nous faisons la connaissance de deux « frères » (Brooke et Sugar), psychopathes un peu particuliers, qui après une altercation violente dans un village se voient contraints de fuir dans la forêt.

Dans cette dernière, ils rencontrent un jeune garçon amnésique. Ils feront un bout de chemin ensemble jusqu’à ce qu’un évènement les sépare…

Et à partir de là, Colin Winnette m’a perdue… En effet, bien que le scénario était intéressant et les personnages intrigants, au bout de quelques pages, c’est devenu creux, confus, et même, carrément ennuyeux. Je n’ai pas aimé la direction que l’histoire a prise. De plus, certaines scènes d’action sont trop sommaires. De surcroît, le style lapidaire et incisif de l’auteur ne nous permet pas de ressentir la moindre émotion. Je suis restée en retrait, rien ne m’a touchée dans ce roman. Et, c’est bien dommage !

Je crois que ce que je regrette le plus, c’est le fait que les personnages ne soient pas plus fouillés psychologiquement. Je pense qu’il y avait un réel potentiel de ce côté-là. Cela aurait apporté une toute autre dimension au récit, quelque chose de bien plus sombre, une plongée dans l’âme complexe des êtres humains. On demeure vraiment trop en surface…

Pour conclure :

J’avais de grands espoirs pour ce western acide « Là où naissent les ombres » et Colin Winnette n’a pas su me convaincre ni m’embarquer. Tout reste trop simple, fade et ça manque d’exploitation.

À vous de voir si vous voulez tenter l’aventure.  

La chronique du roman « Naufragés » de Emily Bleeker.

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Lillian Linden est une menteuse. Tout le monde pense qu’elle est une survivante très courageuse d’un crash d’avion. Mais depuis que Dave Hall et elle-même ont été secourus après deux ans d’absence, Lillian ment à sa famille, à ses amis, aux journalistes.
Lillian, épouse et mère de deux enfants, avait accepté d’accompagner sa belle-mère dans un voyage aux Fidji qu’elle avait gagné lors d’un jeu. Ils étaient cinq dans l’avion. Lillian et Dave, l’organisateur du voyage, ont vécu deux ans sur une petite île déserte avant d’être retrouvés par miracle. Seuls.
Que s’est-il réellement passé ? Une journaliste ne croit pas à leur récit et va tout mettre en œuvre pour découvrir la vérité.

Il est sorti le 17 mars 2016 aux Editions Michel Lafon.

Mon avis:

La belle-mère de Lillian Linden a gagné un voyage tout frais payé pour deux personnes aux iles Fidji, offert par une entreprise de yaourt. Il semblerait que ce soit une bonne occasion pour renforcer leur lien. La première semaine se passe très bien, mais lorsqu’elles prennent un jet pour rejoindre une île privée, accompagnées de Dave Hall, directeur des relations publiques de l’entreprise, l’impensable se produit. L’avion se crashe et les survivants s’échouent sur une île déserte au milieu du pacifique sud. Deux ans vont s’écouler avant qu’ils ne soient secourus.

Lors d’une ultime interview, Dave et Lillian raconteront leur périple, mais face à Genevieve Randall, une journaliste aux dents longues, réussiront-ils à garder leurs secrets ?

Le style de Emily Bleeker est agréable et le rythme rapide. On oscille entre présent (l’interview) et le passé (l’île) ainsi qu’entre le point de vue de Lillian et Dave. Tout cela offre une bonne dynamique au récit. Cependant, bien que l’histoire soit intéressante et que l’on tourne les pages avec facilité, je reproche le fait que l’on devine tout trop rapidement. De ce fait, cela enlève tout le suspense. Cela manque cruellement d’émotions, d’obstacles et d’angoisse. J’aurais aimé quelque chose de plus sombre. En effet, on reste dans le gentillet et tout se passe trop facilement pour nos naufragés. De plus, le dénouement, qui aurait pu être grandiose, est mièvre et irréaliste. Cela a desservi le roman. Franchement, je n’ai pas compris le choix de l’auteur, il n’est pas judicieux ni logique au vu de ce qu’ont traversé nos deux héros.

En ce qui concerne ces derniers, ils sont plaisants et touchants, néanmoins, je les trouve trop parfaits et ils manquent un peu de caractère. D’autre part, je regrette que le côté psychologique ne soit pas plus fouillé que ce soit sur l’île où à leur retour.

Pour conclure :

« Naufragés » est un roman divertissant qui avait un fort potentiel, mais qui, pour moi, n’a pas su être exploité pleinement. J’aurais apprécié davantage de développement sur les personnages et sur leur situation plutôt que sur les mensonges que l’on devine dès les premiers chapitres…

La chronique du roman « La ménagerie du bout du monde » de Carol Birch

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Dans la crasse des Docklands du Londres victorien, un enfant fait une incroyable rencontre avec un tigre évadé d’un zoo. Le jeune Jaffy Brown est irrésistiblement attiré par le magnifique animal qui va le prendre dans sa gueule sans lui faire le moindre mal. Cette rencontre fait entrevoir à Jaffy un monde merveilleux, exotique, et éveille l’envie de voyager, loin de la vie tracée pour lui. Des années plus tard, avec son meilleur ami, il s’engage donc sur un baleinier. Le voyage est aventureux et les conduit aux confins de l’océan Indien. Mais, sans le savoir, c’est à la découverte de lui-même que voyage Jaffy Brown. D’aventures en tragédies, le jeune homme découvre sa part d’humanité. Et peut-être même le sens de toute une vie…

Il est sorti le 16 mars 2016 aux Editions Terra Nova.

Mon avis:

En période de révisions, de partiels, la jeune étudiante que je suis à tendance à privilégier les romans légers (peut-être une des rares fois où les romances de chez Milady passent) ou qui me font voyager. J’ai choisi de voyager à travers les mers au XIX siècle, à la recherche d’animaux exotiques. C’est un roman qui m’attirait énormément dans la mesure où il évoquait les voyages en mer, un peu les cabinets d’histoire naturelle qui me rappelle mon cours d’Histoire des collections qui me passionne.

Il est sûr et certain que ce roman assure un dépaysement complet. L’histoire commence dans les quartiers pauvres de Londres, près d’un port. Dès les premières pages, l’auteur met son lecteur dans l’ambiance particulière de l’époque : la misère, la découverte de nouvelles espèces… Par la force de sa plume, Carol Birch nous plonge dans l’intrigue avec l’impression pour le lecteur d’évoluer aux côtés des personnages et notamment de Jaffy. Elle se concentre beaucoup sur les odeurs et les sensations. J’ai vraiment trouvé qu’elle essayait et réussissait plutôt bien à créer un univers qui va prendre vie sous les yeux du lecteur.

Le roman est indéniablement bien écrit. L’accent est autant mis sur l’ambiance et les décors que sur les différents personnages, leurs psychologies, leurs rêves. Je me suis beaucoup attachée à Jaffy, son enfance, sa passion pour la mer, son envie d’aventures… C’est qu’il nous ferait presque partager son amour de la mer, des bateaux, de l’aventure, des recherches de spécimens rares et exotiques. J’ai eu un peu plus de mal à accrocher avec les personnages secondaires, en particulier le meilleur ami de Jaffy. Il n’est pas le genre de personnes qui, même dans la vie quotidienne, je suis attirée par eux : ils veulent toujours être le centre de l’attention, n’hésitant pas à écraser les autres…

Cependant, La ménagerie du bout du monde ne fut pas le coup de cœur que j’attendais. Il a quelques défauts notables. La première chose est que le roman manque parfois d’un peu d’actions. Les premières pages, par exemple, sont très lentes. Heureusement, elles posent les bases de l’intrigue, pourquoi Jaffy décide de partir à l’aventure, comment il a rencontré son meilleur ami, le but de leur expédition… Mais cela a eu pour conséquence qu’à certains passages, je me suis réellement ennuyée. Il manquait cruellement de rythmes, de rebondissements. J’ai vraiment alterné entre des moments où je dévorais le livre, où il me passionnait et d’autres où j’avais du mal à me remettre dans l’intrigue. Du coup, je garde un souvenir plutôt mitigé de ce roman.

En effet, certains aspects m’ont franchement plu : tout ce qui touche à la mer, aux voyages, aux découvertes, à l’aventure. D’autres, en revanche, ont rendu ma lecture un tout petit peu plus laborieuse : les personnages, dans une certaine mesure, l’intrigue qui est parfois trop lente et qui n’a pas toujours sur me captiver. Cependant, ce fut un bon voyage sur les mers et le livre peut clairement trouver son public. J’ai peut-être été moins réceptive mais il a indéniablement des qualités.

Ecrit par Avalon

La chronique du roman « 911 » de Shannon Burke

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Lorsqu’il devient ambulancier dans l’un des quartiers les plus difficiles de New York, Ollie Cross est loin d’imaginer qu’il vient d’entrer dans un monde fait d’horreur, de folie et de mort. Scènes de crime, blessures par balles, crises de manque, violences et détresses, le combat est permanent, l’enfer quotidien. Alors que tous ses collègues semblent au mieux résignés, au pire cyniques face à cette misère omniprésente, Ollie commet une erreur fatale : succomber à l’empathie, à la compassion, faire preuve d’humanité dans un univers inhumain et essayer, dans la mesure de ses moyens, d’aider les victimes auxquelles il a affaire. C’est le début d’une spirale infernale qui le conduira à un geste aux conséquences tragiques.

Il est sorti le 7 janvier 2016 aux Editions 10/18.

Mon avis:

Dans ce roman, nous suivons Ollie Cross pendant une année, dans sa vie d’ambulancier-urgentiste dans un quartier difficile : Harlem.

Pendant 365 jours on voit comment son expérience dans les bas-fond new-yorkais, où au quotidien il a à faire face aux violences physiques et verbales, va le transformer. Comment Ollie, si optimiste, glissera facilement au fil des pages dans une dégradation morale. Lui qui, dans de nombreux cas, porte sur ses épaules le contrôle de la vie et de la mort de ces gens qu’il croisera.

« Lorsque la vie et la mort ne vous touchent plus, c’est que le mal n’est pas loin »

(911 de Shannon Burke)

911 est un roman qui vous prend aux tripes. C’est rapide, on est happé dans l’histoire du début à la fin. Le tout est écrit dans un style rugueux et brut. Shannon Burke nous dépeint sans concession les conditions extrêmes de travail de ces hommes. La façon dont ils réussissent à survivre et à conserver leur humanité. L’impact dévastateur que cela a d’être en contact permanent avec la violence et la mort.

D’ailleurs, Shannon Burke nous brosse le portrait de différents urgentistes, dont certains ont atteint le point de non-retour où ils deviennent apathiques au point qu’ils choisissent qui doit mourir ou vivre et où la brutalité n’est pas loin.

Pour conclure :

911 nous offre un portait honnête et sombre de ces hommes qui sont en première ligne d’un système injuste. Qui nous montre l’horreur, la décadence et la négligence dans un livre poignant, viscéral et profondément humain.

À lire !

À noter que Shannon Burke a été ambulancier urgentiste pendant plusieurs années, d’où ce côté très réaliste du roman.

La chronique du roman « J’étais là » de Gayle Forman

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Cody a dix-huit ans. Elle n’a pas de père, mais une mère barmaid constamment en mini-jupe, et un avenir pas très rose depuis qu’elle a été recalée de la high school de Seattle qui aurait pu lui permettre de quitter enfin son « Shitburg » natal. Mais tout empire le jour où Meg, sa meilleure amie, sa sœur de cœur, se suicide après avoir avalé une dose massive de poison dans un motel anonyme, non loin de la fameuse high school où elle, brillante boursière, avait été acceptée. Lorsque les parents de Meg demandent à Cody d’aller récupérer les affaires de leur fille, celle-ci s’embarque pour Seattle, avec la ferme intention d’en savoir plus sur le geste de son amie.

Il est sorti le 9 septembre 2015 aux Editions Le livre de poche.

Mon avis:

Il y a cinq ans, j’ai découvert « Si je reste » de Gayle Forman, et je suis tombée sous le charme de l’auteure et de l’histoire qu’elle m’a fait vivre. C’est donc tout naturellement que j’ai voulu découvrir son dernier roman, « J’étais là », d’autant plus qu’il existait beaucoup de critiques très positives.

Cody a du mal à digérer le suicide de sa meilleure amie, Meg. Cette dernière ne lui a jamais parlé d’un soucis quelconque. Ainsi, en plus de la douleur qu’elle ressent pour la mort de son amie, Cody s’en veut de ne pas avoir vu que Meg allait si mal. Cody se rend à Seattle, dans la fac où étudiait Meg, pour récupérer ses affaires restées sur place. Notre héroïne ouvre une véritable boîte de Pandore, où chaque question en amène une autre et où Cody découvre qu’elle ne connaissait pas son amie si bien que cela malgré leur longue amitié.

Il est difficile de dire qu’on n’a pas aimé une histoire comme celle-là, avec un sujet aussi grave. Comme si l’on pouvait, à l’inverse, « aimer » ce genre d’histoire. Je n’arrive pas à me positionner sur ce sujet. L’histoire en elle-même (celle de l’héroïne et ce qu’elle traverse) ne m’a pas vraiment intéressée. De plus, je n’ai ressenti aucune émotion. Pourtant, c’est un thème dramatique. Je ne saurai vous dire d’où me vient ce manque total d’émotion face à ce que traverse Cody. Peut-être par rapport au scénario que l’auteur a imaginé ? Ou parce que je n’ai ressenti aucune connexion avec l’héroïne ? 

Quant au sujet du suicide, je le trouve plutôt bien traité dans l’ensemble. Je ne peux pas dévoiler plus de choses à ce propos, de peur de vous spoiler l’intrigue, mais j’ai aimé ce côté « mise en garde » que Gayle Forman glisse « mine de rien » dans son roman. L’auteure s’est également concentrée sur « ceux qui restent » et j’ai apprécié le fait qu’elle choisisse cette optique. Malheureusement, je n’ai pas réussi à m’attacher aux personnages du roman…

Je n’ai pas spécialement apprécié Cody, car elle a un caractère assez particulier. Son « amour » pour son amie est honorable et sa quête de réponse est tout à fait normale. Toutefois, j’ai souvent trouvée Cody injuste, égoïste et méchante envers les autres (surtout envers les personnages secondaires, les anciens colocs de Meg). Quant à sa relation avec Ben, elle est houleuse, compliquée et assez cliché. Il n’y a pas vraiment d’alchimie entre eux, on dirait qu’ils sont proches « par défaut ».

Je dois tout de même souligner la qualité de la plume de Gayle Forman, qui est fluide et agréable. Sur ce point, je ne suis pas déçue. Le récit se lit aisément, et c’est en grande partie pour cela que je suis allée au bout de ma lecture rapidement.

En conclusion, ce roman a été une petite déception. J’ai été happée par les premières pages, mais mon intérêt s’est émoussé à partir de la centaine de pages environ, et ce jusqu’à la fin. Je pense que pour ce genre de roman, il n’y a pas de demi mesure : soit on adhère, soit on passe à côté. Malheureusement pour moi, je suis dans la seconde catégorie !

Ecrit par Noémie

La chronique du roman « Un dimanche soir en Alaska » de Don Readen

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Quelques baraques bancales posées sur un monde en sursis. Aux confins de l’Amérique et des glaces, le petit village indigène de Salmon Bay vit ses derniers instants. Bientôt, le littoral cédera, la baie l’engloutira. En attendant la barge chargée de les mener au nouveau site, les habitants disent adieu à la terre – cette terre où plane l’esprit des ancêtres, cette boue où les petites filles dessinent des histoires… Adieu à la toundra pelée, à la station de radio locale où Jo-Jo, le DJ, passe sans fin des vieux disques, aux chemins de planches et aux mélopées yupik… Tyler, le premier esquimau de la planète allergique au froid, Dennis dit  » l’Embrouille « , Angelic, Panika, Josh, Junior et les autres – tous sentent pourtant que Salmon Bay n’a pas dit son dernier mot. Avant la grande traversée, pour le meilleur peut-être, le village leur réserve un cataclysmique chant du départ…

Il sort le 10 septembre 2015 Chez Fleuve Editions.

Mon avis:

Dans une semaine, les habitants de Salmon Bay vont devoir quitter cette terre de leurs ancêtres. En effet, aux confins de l’Amérique et des glaces, ce village d’indigènes vit ses derniers instants. Après de nombreuses années d’inondations, d’érosion côtière et le changement climatique, Salmon Bay va disparaître de la carte.

Don Rearden nous plonge dans un moment intimiste où l’on vit avec les Yupiks, où leur mode de subsistance est en grande partie traditionnel, leurs dernières heures à Salmon Bay. À travers les différents personnages, tous aussi authentiques que touchants, humains et inoubliables, nous allons découvrir les rites millénaires d’une culture, leur croyance, leurs traditions orales. Bien que l’on ai l’impression de voir un village qui se disloque avec la révélation de certains secrets, cela demeure un peuple unit face à l’inévitable.

Don Rearden a une très belle écriture et elle très prenante. Tout est bien dépeint, avec justesse. L’histoire de ces autochtones ne peut que nous toucher. Au début, j’ai eu un peu de mal avec le récit non linéaire, qui alterne passé proche et présent, on s’y habitue vite. Quant au rythme, il est lent, mais jamais ennuyeux. On vit avec l’harmonie des couchers et des levers du soleil, jusqu’au départ. Néanmoins, l’auteur nous offre un certain nombre de rebondissements.

J’ai adoré découvrir leur culture, leur lien et leur respect envers la nature qui les nourrit. J’avoue que j’ai ressenti beaucoup d’apaisement pendant ma lecture malgré le drame qui se joue.

Pour conclure :
Don Rearden a écrit un très beau roman qui est dans l’ère du temps et qui ne peut que trouver une résonance en nous vu le sujet abordé.
« Un dimanche soir en Alaska » est une superbe histoire authentique et en toute simplicité qui vous touchera.

À lire !

La chronique du roman « En ce lieu enchanté » de Rene DENFELD

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Dans les entrailles d’une prison, un monde de parpaings et de barreaux, un condamné à mort attend son heure. Il ne parle pas, n’a jamais parlé, mais du fond de sa cellule, il observe le monde merveilleux qui l’entoure où des chevaux d’or courent dans les profondeurs de la terre, des petits hommes frappent les murs de leurs minuscules marteaux, et des oiseaux de nuit duveteux choient du firmament. Il observe le prêtre déchu qui porte sa croix en s’occupant des prisonniers, le garçon aux cheveux blancs qui arrive là, seul et vulnérable, et les monstres, ces détenus et gardiens qui peuplent les moindres recoins. Il observe « la dame », déterminée à sauver la vie de l’un des condamnés, qui a pourtant choisi de mourir. Il danse avec la prison, dont il connaît chaque génie invisible. Chaque beauté secrète. La poésie. Et l’enchantement.

Il est sorti le 21 août 2015 chez Editions Fleuve, 18.50€.

Mon avis:

Le lieu enchanté est une prison vue à travers le regard d’un condamné à mort anonyme. Craintif et reclus, il sent et voit ce que les autres ne peuvent pas distinguer. Il s’échappe des limites de sa cellule tout en se tissant des histoires fantastiques avec ce qui l’entoure.

À travers ses mots, il nous brosse le portrait des personnes qui construisent son monde. Leurs vocations, leurs crimes, mais pas seulement. Il nous dit aussi pourquoi et comment ils en sont arrivés là.

Nous suivons la dame, une enquêtrice qui essaye de trouver des circonstances atténuantes pour leur faire éviter la peine de mort. Elle s’intéressera à York, un condamné qui ne veut pas être sauvé et dont l’exécution est prévue pour dans trois mois.

On fait la connaissance du prêtre déchu qui porte sa croix et qui cherche son chemin tout en essayant de soulager les âmes des prisonniers. Ainsi que du garçon au cheveu blanc, désemparé dans ce monde de violence et de haine qui va le briser.

Tout ces personnages sont endommagés par la vie. Ils ont des cicatrices et même des regrets pour certains.

Rene Denfield nous dépeint, avec sa prose magnifique et poétique, un univers carcéral sordide, où se mêlent corruptions, drogue, meurtre, brutalité en tout genre (physique et psychologique) dans une atmosphère de mort banalisée. Elle dénonce également les ravages pénitenciers.

L’auteur nous fait connaître l’histoire de ces condamnés du couloir de la mort. Elle parvient à faire l’impensable. A savoir, nous faire éprouver de la compassion pour certains détenus et nous les faire voir comme des êtres humains, et non comme des monstres.

De ce fait, pendant tout le roman, cela nous pousse à la réflexion sur le bien fondé de la peine capitale. Peut-on se permettre de fermer les yeux sur ce qu’il se passe dans le milieu carcéral ? A-t-on le droit de tuer en toute impunité, car la loi est de notre côté ?

Cela demeure un vaste débat qui fait toujours rage et qui, à mon avis, n’est pas près de trouver une réponse…

Pour conclure :

Rene Denfeld nous offre un roman profond, puissant, touchant et dérangeant, où la beauté et l’horreur marchent main dans la main.

À lire !

« Le testament de Jessie Lamb » de Jane Rogers

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Jessie Lamb a seize ans, des parents qui passent leur temps à se disputer, une tante célibataire déjantée, des amis, des flirts, des rêves. Une adolescente normale, en somme. Sauf qu’elle n’évolue pas dans un monde « normal ». Depuis que des bioterroristes ont propagé le virus du SMM, les femmes enceintes meurent toutes en couche. Par conséquent, l’humanité est menacée d’extinction. Alors que tout son univers familier et rassurant s’effrite, Jessie, qui jusque-là ne se sentait que très peu concernée par les problèmes du monde, prend conscience de son pouvoir de changer le cours de l’histoire. Allant à l’encontre de l’avis de ses parents, elle se porte volontaire pour devenir une « Sleeping Beauty », comme on surnomme celles qui acceptent de se sacrifier pour donner la vie en participant à un programme scientifique.

Il sort le 9 janvier 2014 aux Editions Presses de la cité, 357 pages, 21€.

La chronique du roman « Quand j’étais Jane Eyre » de Sheila Kohler

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1846, Manchester. Charlotte veille son père, le révérend Brontë, opéré des yeux. Elle n’a pas encore publié le chef-d’œuvre qui l’a sacrée romancière. Elle se raconte – un amour malheureux, le succès d’Anne et Emily, sa condition de gouvernante, le génie tourmenté de son frère, cette mère disparue trop tôt. Dans la ronde des souvenirs, elle cherche la lumière. Et écrira Jane Eyre.

Portrait gracile d’une femme, d’une fratrie et d’une oeuvre, ce roman-document original happé par une écriture cristalline interroge le mystère impérieux de la création littéraire. Sublime.

Il est sorti le 14 août 2013 aux éditions 10 18, 7,50€.

MON AVIS :

C’est un fait, les sœurs Brontë fascinent presque autant que leurs œuvres, le Jane Eyre de Charlotte et Les Hauts de Hurlevent d’Emily. Ce livre est l’occasion de revenir sur leur vie à toutes les trois, en incluant Anne, la plus jeune, mais j’y vois surtout un focus tout en émotions sur leurs ambitions communes, notamment celle qui les poussent à ne pas renoncer à leurs rêves d’auteur, malgré les rebuffades éditoriales et les obstacles sociaux de l’époque.

Sheila Kholer s’est basée sur des biographies, des articles ainsi que sur les lettres des sœurs elles-mêmes, pour nous offrir un roman-fiction très touchant, porté par une écriture poignante, qui nous donne envie de croire que les événements revisités se sont déroulés de cette manière.

Tout commence dans une chambre où Charlotte veille son père malade, c’est là qu’elle écrit Jane Eyre, berçant l’endormi grâce au frottement de sa plume qui court plus qu’elle ne glisse sur le papier. Grâce à une narration qui alterne présent et passé, mais qui ne perd pas le lecteur en route tant l’auteure se sert de réminiscences pour expliquer les décisions de l’instant, on découvre la vie dramatique de cette famille, la santé fragile qui accable presque tous ses membres, le manque d’argent, et dans tout cela les étincelles, rares mais éblouissantes, qui n’ont cessé d’alimenter les résolutions de Charlotte. Que c’est agréable d’imaginer que certaines rencontres clefs ont autant influencé des chefs-d’œuvre de la littérature anglaise.

Finalement, le but de Sheila Kohler était de combler le vide biographique qui concerne cette période charnière durant laquelle Charlotte est restée au chevet de son père, mais elle donne, avant tout, l’envie au lecteur, dont elle s’assure de capter sans cesse l’attention, de lire les œuvres majeures de cette famille talentueuse. C’est un très bel hommage qu’elle a rendu aux sœurs Brontë, ces femmes qui ont vécu pour l’écriture, je dirais même qui ont survécu grâce à elle.

Ecrit par Julie

La chronique du roman « La vie sexuelle des cannibales » de J. Maarten Troost

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Enfin la vraie vie ! Sylvia et Maarten s’installent pour deux ans dans un atoll paradisiaque du Pacifique Sud. Mais la réalité les rattrape bien vite. Leur maison est un taudis, l’électricité et l’eau potable manquent cruellement, la mer turquoise se révèle polluée. Sans parler des fonctionnaires tatillons, des voisins aux facultés altérées par l’abus de substances variées… Rien n’est plus drôle que le récit d’un voyage raté. J.Marteen Troost nous révèle avec un humour corrosif l’envers des cartes postales.

Sorti le 26 avril 2013 aux Editions Folio. 416 pages. 8,20€.

Mon avis : 

Sylvia et Maarten décident de partir « à l’aventure ». Sans accroches, ils s’envolent pour l’atoll Tarawa où Sylvia a décroché un emploi et où Maarten, plutôt du genre à se laisser porter par les évènements, espère vivre de l’écriture.

Maarten nous décrit absolument tout, des paysages aux couleurs absolument magnifiques aux étranges mœurs locales, comme le Bubuti, systèmes « d’échange » un peu particulier grâce auquel un habitant peut vous prendre vos chaussures sans rien vous donner en remplacement juste en vous disant « je te bubuti tes chaussures ». Certains moments sont particulièrement cocasses (dont celui de la première baignade).

On se met assez facilement dans la peau de l’auteur et l’on s’attache assez vite à ce personnage urbain propulsé en pleine civilisation inconnue.

J. Maarten Troost ne se contente pas de nous relater son voyage aux îles, il nous conte également l’Histoire et les coutumes des Kiribati, toujours avec beaucoup d’humour, ce qui rend toutes les descriptions très faciles à appréhender. Le style de l’auteur est très accrocheur. Malgré mon peu d’intérêt pour les faits historiques, j’ai bien accroché à ce récit comique.

Pour conclure :

Un récit parfois long, surtout quand l’auteur aborde le passé colonial des îles, mais très agréable à lire grâce à l’humour de Troost. De bons moments en perspective.

Ecrit par Jess